Mobilier de Jacob

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Suite de deux marquises, quatre fauteuils et quatre chaises en bois peint et doré à dossier plat et rectangulaire, les dossiers à décor de frises de feuilles d’acanthe prolongés par des accotoirs à supports en balustre à cannelures, feuillages, rudentures, perles et cordelettes ; reposant sur une ceinture, incurvées pour les chaises et fauteuils, à décor de feuilles d’acanthes dans des demi-cercles, reposant sur des pieds fuselés à boule, cannelures, rudentures, asperges perles et cordelettes surmontés de rosaces dans les cases (deux manquantes) ; étiquettes manuscrites du XVIIIe siècle inscrites à l’encre : Monsieur le (…) d’Hosten / Chambre à Coucher.
Estampille de Georges Jacob, menuisier reçu maître en 1765.
Vers 1795
Fauteuils : H : 93 cm, L : 60 cm
Marquise : H : 94 cm, L : 80 cm
Chaises : H : 93 cm, L : 51 cm

Estimation 30 000 / 50 000 €
Ader, Paris, 24 juin 2016

Provenance :
– Commandée à Georges Jacob par Jean-Baptiste Hosten pour son hôtel de la rue Saint-Georges à Paris achevé en 1795.
– Probablement léguée à sa fille Pascalie d’Arjuzon (1774-1850) qui conserve l’hôtel de la rue Saint-Georges jusqu’en 1823.
– Collection particulière, Paris.

Références bibliographiques :
Michel Gallet, Claude Nicolas Ledoux, Paris, 1980, p. 209-213.
Bruno Pons, Grands décors français, 1650-1800, Dijon, 1995, p. 395-410
Daniel Rabreau, Claude Nicolas Ledoux, Paris, 2005, p. 101-104

Un dessin de l’architecte Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), publié dans son Architecture considérée sous le rapport de l’art, Paris, 1804, nous donne une idée de l’aspect de la façade de l’hôtel côté jardin (ill. 1). Des trois fenêtres au rez-de-chaussée, intéressons-nous à la troisième en partant de la gauche. Derrière cette fenêtre, le plan de l’étage (ill. 2) nous l’indique, se trouvait la chambre à coucher de monsieur Hosten dans laquelle se trouvait le mobilier de Jacob.
Le projet originel de l’hôtel constituait un ensemble immobilier s’étendant à l’angle des rue Saint-Georges et Saint-Lazare. Lorsque l’on tournait à gauche rue Saint Lazare pour prendre la rue Saint-Georges, l’entrée de l’hôtel Hosten se faisait par un passage cinquante mètre plus loin sur la gauche, juste avant d’arriver à l’actuelle rue de Châteaudun ; plus précisément avant d’arriver rue Ollivier percée en 1824 en détruisant une grande partie du lotissement Hosten, et plus tard rebaptisée rue de Châteaudun. L’hôtel Hosten demeura cependant jusqu’à sa destruction en 1885.
La principale caractéristique architecturale du projet de Ledoux, probablement légèrement modifié au cours de l’exécution, demeure sans doute l’usage de la serlienne palladienne ; le principe d’une fenêtre centrale cintrée dans le haut et flanquée de deux baies rectangulaires que l’on retrouve très clairement sur les différents documents dont nous disposons (voir notamment Gallet, op. cit., p.211-212).
Au moment de la destruction de l’hôtel Hosten en 1885, le célèbre historien des arts décoratifs Alfred de Champeaux, en fait une brève description. Nous retiendrons à cet égard, ce qu’il écrit quelques années plus tard au sujet de la chambre à coucher : « A gauche du salon, une chambre à coucher, où se déroulait une longue frise peinte en grisaille qu’accompagnaient un plafond et des pilastres arabesques ». C’est bien cette pièce, d’assez grande dimension, qui accueillait quelques années auparavant les quatre fauteuils, quatre chaises et les deux marquises qui retiennent ici notre attention.
Il est intéressant de noter par ailleurs que la pièce suivante, le grand salon, était ornée de boiseries somptueuses en bois sculpté et doré à panneaux peints dans le goût arabesque à décor de femmes ailées, vases de fleurs et sujets antiques par Rousseau de la Rottière, lesquelles sont aujourd’hui remontées au musée J. Paul Getty à Los Angeles et en constitue l’un des fleurons. Sans pouvoir apporter de preuve formelle il est cependant probable que le décor et l’ameublement de l’hôtel s’effectua sous le contrôle et vraisemblablement d’après les dessins de Ledoux, tout comme pour l’hôtel d’Uzès quelques années plus tôt.

Jean-Baptiste Hosten (1741-1802), fils d’un banquier de Bordeaux, était propriétaire de plantations à Saint-Domingue et Lieutenant-colonel au régiment de Guyenne (c’est peut-être ce titre qui apparaissait sur les étiquettes partiellement effacées de nos sièges). Il acquiert vers 1788 un certain nombre de terrains afin de mener à bien son projet. Ses affaires le conduisent à retourner à Saint-Domingue en 1798 où est assassiné en 1802 à l’occasion d’une révolte d’esclaves. Son épouse meurt à son tour en 1804 et sa fille unique Pascalie (1774-1850), qui avait épousé Gabriel d’Arjuzon en 1795 s’installe dans l’hôtel Hosten jusqu’en 1823 (ill. 3).

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