Commode de Cressent – vendue 558 180 €

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Commode en satiné et amarante, la façade galbée ouvrant à deux tiroirs à décor de palmes croisées, chutes de fleurs et anses à motifs de dragons sur fond d’amarante, les chutes à rocailles et feuillages déchiquetés ; les pieds cambrés terminés par des pattes de lion ; dessus de marbre brèche d’Alep à double mouluration.

Par Charles Cressent

Époque Louis XV, vers 1740-1745

Hauteur : 89,5 cm – Largeur : 130 cm – Profondeur : 64,5 cm

Provenance :
– collection des comtes de Vallin au début du XIXe siècle ;
– par héritages successifs jusqu’au propriétaire actuel

Référence bibliographique :
Alexandre Pradère, Charles Cressent, éd. Faton, Dijon, 2003

Vendue 558 180 €


Charles Cressent (1685-1768) est un cas relativement unique au XVIIIe siècle d’un ébéniste ayant atteint une immense notoriété de son vivant. L’abbé Raynal dans ses Nouvelles Littéraires, déclare en 1749 : « Cressent a succédé à la réputation du fameux Boulle [mort en 1732] dont le nom ne mourra jamais ». Il est également l’un des rares ébénistes dont le nom soit mentionné dans les catalogues de vente de l’époque. Il est intéressant de remarquer que l’un des trois ébénistes les plus importants du XVIIIe siècle (avec Boulle et Riesener) n’était en fait pas ébéniste mais sculpteur. Cette qualité de sculpteur n’est pas étrangère au succès qu’il rencontra alors, introduisant un ensemble de motifs qui rivalisèrent d’invention et de créativité.
C’est également sans doute la raison qui fit de lui l’ébéniste attitré du Régent du Royaume, le duc d’Orléans. Situé au carrefour entre différentes disciplines, a priori considérées par la réglementation des corporations sous l’Ancien Régime comme des domaines totalement séparés, Charles Cressent instaure des passerelles entre les métiers d’ébénistes et ceux de fondeur-ciseleur ou de ciseleur-doreur, entre l’activité du bois plaqué et celle du bronze doré, mais aussi entre le travail du bronze et celui du bois doré. Alexandre Pradère illustre notamment dans son ouvrage un panneau de dessus de porte en bois sculpté particulièrement intéressant sur le plan du rayonnement stylistique (voir A. Pradère, Charles Cressent, éd. Faton, Dijon, 2003, p. 238). Ce panneau  provenant de l’hôtel de Soubise à Paris présente des similitudes frappantes avec la partie centrale de la commode présentée. On y retrouve l’idée de  cartouche polylobé de la partie supérieure, et dans le bas deux palmes entrecroisées et nouées, identiques à celles de la commode.
Cette commode « à palmes croisées et dragons » qu’il réalisa dans les années 1740-1745, appartient à un petit groupe parmi les plus aboutis dans l’oeuvre de Cressent. Elle est considérée comme telle par les spécialistes de l’ébéniste (voir op. cit.). Elle correspond chez Cressent à la période de maturité, tout comme les fameuses commodes aux enfants (dont un exemplaire est conservé au Getty museum de Los Angeles) et celles présentant un singe sur une balançoire (musée du Louvre, Metropolitan museum, collection Gulbenkian et Waddesdon Manor). Trois modèles distincts apparaissent comme des variantes les uns des autres ; il s’agit des commodes « à palmes et fleurs », des commodes dites « à branches de lierre » et de notre modèle nommé « à palmes croisées et dragons ».
Chronologiquement, les plus anciennes sont les commodes « à palmes et fleurs » datant des années 1735-1740. Elles correspondent aux premiers  exemplaires illustrant véritablement le style rocaille chez Cressent ; à ce titre elles se distinguent des commodes précédentes généralement ornées de cadres et espagnolettes. Leur décor de bronze devient alors plus riche sur la façade et l’ébéniste-sculpteur fait dorénavant la part belle au répertoire végétal en introduisant le motif de la palme, qui aura une très grande postérité. L’exemplaire le plus connu est aujourd’hui conservé au musée du Louvre et provient de la collection Ortiz-Patino. Un autre exemplaire a été vendu à Paris chez Christie’s, le 16 décembre 2008 (pour près de 1 000 000 €).
Viennent ensuite les commodes « à branches de lierre » du type de celle conservée au musée de Kansas City dont on ne connaît que huit exemplaires. Elles voient leurs palmes s’épanouir avec beaucoup plus d’ampleur sur la façade à la manière du modèle aux dragons, mais au lieu de s’entrecroiser, elles semblent jaillir de la terre dans un entrelacs de feuilles de lierre. Cette série est parfaitement contemporaine de notre commode, datable entre 1740 et 1750.
Le groupe très restreint de commodes « à palmes croisées et dragons » se trouve représenté dans les plus grandes collections. Deux exemplaires se sont trouvés dans les collections Rothschild, un troisième faisait partie des collections de Richard Wallace, tandis qu’un quatrième exemplaire est aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum de New York dans la collection Wrightsman. Un cinquième exemplaire conservé au Victoria and Albert Museum à Londres (Jones collection) possède des bronzes marqués du C couronné, ce détail permetant d’affiner une datation entre 1745 et 1749.
Ce modèle de commode se retrouve décrit dans la vente du stock de Cressent en 1765 : « No 80 Une commode de même bois que ci-dessus, les ornemens légers, il y a un tiroir ou il y a dessus deux têtes de dragon, le marbre en petites pièces d’agathe, tout ce qu’il y a de plus rare, de quatre pieds trois pouces de long d’or moulu » (cité par Pradère, op. cit., p. 154). Ces dimensions, 137 cm de large, ne correspondent pas ainsi que le marbre à notre exemplaire. Alexandre Pradère la rapproche plutôt de la commode du Victoria and Albert dont le marbre serait alors remplacé mais dont les dimensions correspondent. Cette commode, comme un certain nombre de cette série, porte le poinçon du C couronné, utilisé entre 1745 et 1749 ; l’absence de C couronné sur les bronzes de la commode Vallin, nous amène à la considérer comme l’un des tous premiers exemplaires réalisés, probablement autour de 1740-1745.

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