Bureau plat

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Bureau plat en placage de bois noirci, le plateau reposant sur une ceinture mouvementée, le tiroir central en retrait flanqué d’un tiroir de chaque côté, le revers à tiroirs simulés et un tiroir (ajouté) au centre, reposant sur des pieds cambrés à tête d’homme barbu ; marque au fer ASSnAt et n° peint en noir : 439 ; (entièrement démontable).
Attribué à François Lieutaud, sous la direction probable de noël Gérard.
Époque Louis XV, vers 1725-1730
H 78 x L 179 x P 94,5 cm

50 000 / 80 000 €

Piasa, Paris, 15 juin 2016

La question de l’attribution de ce bureau plat nous conduit à le rapprocher d’une série de bureaux présentant de grandes similitudes.
Tous de bois noirci ou ébène (à l’exception de celui de l’ancienne collection Saint Senoch, Sotheby’s Monaco le 4 décembre 1983, lot 290) ils présentent tous une découpe de la partie inférieure de leur ceinture extrêmement caractéristique. Il s’agit d’une part du raccordement de la ceinture aux pieds constitué d’un double mouvement ainsi que la découpe de la partie centrale en accolade ; ces deux éléments se retrouvent sur la dizaine de bureaux considérés et en constituent le point commun.
L’examen des bronzes offre une plus grande variété, les chutes sont à têtes de femmes ou masques d’hommes, très proches comme celles ornant notre bureau dans l’esprit d’André Charles Boulle.
On retrouve également sur la plupart des bureaux la palmette de bronze doré ajourée, souvent placée au centre du tiroir central (bureau de la galerie Aveline, ill. dans Pradère, Les ébéniste français de Louis XIV à la Révolution, ed. Du Chène, 1989, p.113 ; celui de la Résidence de Bamberg ; celui de Christie’s Londres 9 décembre 2010, lot 15 ; celui de la vente Europ Auction, le 16 mars 2011, lot 200 et celui vendu à Paris, étude Picard, le 17 novembre 1995, lot 177).
Sur ces bureaux, constituant un groupe d’une assez grande cohérence, au moins trois sont estampillés FL pour François Lieutaud : l’un d’entre eux (celui du musée de Toledo, ill. Pradère op cit., p. 112) porte quant à lui l’estampille NG pour Noël Gérard.
Ce cas relativement classique dans l’histoire du mobilier français du XVIIIe siècle, illustre parfaitement la relation croisée entre ébénistes dans des rapports de sous-traitance et de commercialisation.
Ce que nous savons de l’activité commerciale de Noël Gérard, avant et surtout après son acquisition du Magasin Général (voir J.D. Augarde, Noël Gérard (1685-1736) et le Magasin Général à l’hôtel Jabach, Luxury trade and consumerism in Ancien Régime, 1998) nous conduit à penser qu’il intervenait plutôt au stade de la vente et François Lieutaud en amont pour la réalisation proprement dite.
Aucun élément ne nous permet d’établir avec certitude l’identité du concepteur. Lieutaud doit être considéré comme un ébéniste brillant parfaitement capable de mettre au point un tel modèle. Cependant probablement seul Noël Gérard, eu égard à la présence de deux de ces bureaux dans des collections princières allemandes (Ansbach et Bamberg), pouvait être en mesure de développer une clientèle étrangère. Notons également qu’il s’agit sans doute de la raison pour laquelle on a pu constater qu’un certain nombre de ces bureaux sont entièrement démontables pour en faciliter le transport.
La marque de l’Assemblée Nationale Constituante apposée pendant la période révolutionnaire et que l’on retrouve sur ce bureau, permet d’envisager deux hypothèses principales en partant du postulat que ce bureau n’a sans aucun doute pas été acheté par l’Administration, mais bien collecté parmi les
meubles qu’elle avait à sa disposition. Un certain nombre de meubles ont été rassemblés dans un premier temps pour meubler les Etats Généraux à Versailles, ils seront ensuite répartis entre différents ministères et institutions nouvellement créés.
Deux provenances plus anciennes sont à considérer : soit ce bureau faisait partie des collections de la Couronne, qui relevaient en pratique du Garde Meuble Royal, soit il s’agissait d’un meuble dépendant d’un ministère ou d’une quelconque administration.
Dans le cas d’un meuble royal, l’absence de marque d’entrée au Journal du Garde-Meuble ne doit pas surprendre dans la mesure où ce marquage n’existait pratiquement pas avant 1740. Dans le second cas, il est bien entendu parfaitement normal que ce bureau ne possède aucune marque de provenance
antérieure à la marque de l’Assemblée Nationale. Dans les deux possibilités envisagées le n°439 pourrait correspondre à un inventaire antérieur restant à identifier.


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